1. Vincent, vendredi soir Sedan a mis fin à la série d'invincibilité du Stade Brestois et pour ton premier match en tant que titulaire, tu as donc connu la défaite : que retiens-tu de ce match collectivement et personnellement ?
Collectivement, on ne peut pas dire que ça a été un bon match car la défaite est là. Cette défaite est un peu difficile à digérer car nous n'avons pas joué à notre meilleur niveau. Tout au long du match, nous n'avons jamais réussi à imposer notre rythme même si tout le monde voulait bien faire mais les Sedanais ont très bien joué le coup. Et puis, les jambes étaient un peu lourde et la fatigue générale commence peut-être à se faire sentir. Après cette série de huit matches sans défaite, les 43 points atteints et le derby passé, nous nous sommes peut-être rendus coupables inconsciemment d'un petit relâchement. Et le fait de prendre un but très rapidement, dès la 9e minute de jeu nous a coupé les jambes même si nous avons essayé de ne pas lâcher. Nous sommes bien revenus en début de seconde période mais sur un contre et un ballon mal dégagé, ils marquent ce second but qui nous a fait mal. Après, à 2-0 à Sedan, c'était très difficile de revenir et même si nous avons essayé, c'était par à-coups alors qu'eux couvraient bien tout le terrain. Sinon, côté personnel, malgré la défaite, je pense que je ne m'en suis pas trop mal sorti. Au sein d'une défense un peu "new look", j'ai réussi à trouver mes marques mais quand on est défenseur et qu'on encaisse deux buts, on ne peut pas être satisfait. Nous avons tous les quatre essayé de faire au mieux en défense mais pas suffisamment. Je pense que le premier but était évitable et est peut-être dû à un manque d'automatismes entre les défenseurs. En tout cas, personnellement, malgré la défaite, j'étais satisfait de jouer ce match. Pour une première, à Sedan et dans un très beau stade, c'était impressionnant. Au début, j'avais un peu d'appréhension mais je suis bien rentré dans la partie. Dans les dix dernières minutes, physiquement, ça a été un peu plus difficile car j'avais fait pas mal d'allers-retours sur mon aile. Donc, pour une première, ce n'est pas trop mal mais je regrette que ça se termine sur une défaite car on ne peut pas sortir satisfait d'une défaite.
2. Tu avais fait quelques apparitions cette saison dans le groupe sans pouvoir commencer un match : si tu fais un premier bilan de cette saison, est-il positif et as-tu l'impression d'avoir progressé ?
Je dois avouer que, en début de saison, j'ai eu du mal à me rendre compte que j'étais devenu joueur professionnel. Les deux premiers mois ont été particulièrement difficiles et je comprenais parfaitement ne pas faire partie du groupe. En plus, l'équipe avait de bons résultats et le Coach n'avait pas de raisons de changer de joueurs. Ensuite, quand je sentais que ça allait mieux, je me suis blessé à la cheville et ça m'a tenu éloigné du groupe et des terrains pendant près de trois mois. Cette blessure m'a beaucoup servi et m'a "forgé le caractère". Après la trêve hivernale, je suis revenu dans le groupe, notamment à partir de fin janvier et trois semaines plus tard, Pascal Janin a fait appel à moi dans les seize. Ca m'a redonné confiance et je me suis accroché en croyant toujours avoir ma chance à un moment, ce qui s'est passé vendredi. Dire maintenant si je suis satisfait ou non de ma saison ? Je dirais oui dans l'ensemble, je suis satisfait de ce que j'ai fait mais je ne peux pas l'être pleinement car j'aurais préféré ne pas être blessé aussi longtemps et j'aurais peut-être eu plus d'occasions de m'exprimer sur le terrain. Mais pour une première année en professionnel, c'est plutôt bien. J'ai eu la chance de tomber dans un groupe très sympa, très solidaire avec des joueurs très expérimentés qui essaient de faire progresser les jeunes. J'ai vécu une saison dans une excellente ambiance où même les joueurs qui ne jouent pas ou qui ne rentrent pas en jeu restent solidaires et totalement impliqués. Quand on est remplaçant comme je l'ai été la plupart du temps cette saison, certaines fois, on a le sentiment de pouvoir apporter un plus à l'équipe mais le Coach fait d'autres choix et il faut les respecter. D'autres fois, comme ça m'est arrivé à Troyes, on préfère rester sur le banc parce que tout se passe bien sur le terrain. Donc globalement, je suis plutôt content de ce que je vis cette saison, surtout que l'équipe a retrouvé des résultats et un classement plus en ligne avec ses ambitions, en tout cas, ça fait bien longtemps que le Stade Brestois n'avait pas vécu une saison aussi sereine et j'apprécie de le vivre. Pour tout le monde, joueurs, entraîneurs, dirigeants et supporters, ça fait du bien. En cette fin de saison, nous pouvons jouer plus libérés en essayant de finir le plus haut possible. Le groupe en a les moyens que ce soit d'un point de vue technique ou mental. Et le fait d'être assuré assez tôt du maintien permet au coach de faire certains essais et de faire confiance à des joueurs comme moi qui ont moins joué cette saison. Je ne suis pas sûr qu'il a été satisfait de la prestation de vendredi et on verra que qu'il décidera de faire mardi. De toute façon, il faut d'ores et déjà préparé la saison prochaine pour savoir s'il peut compter sur certains joueurs comme titulaires ou remplaçants, pour savoir dans quel secteur ça pêche, où il faut recruter, etc. C'est intéressant et ça peut être intéressant aussi pour tous ceux qui ont le moins joué de montrer de quoi ils sont capables, en tout cas, c'est ce que j'ai essayé de faire vendredi soir.
3. Pour toi, devenir professionnel au Stade Brestois doit être un aboutissement après avoir joué dans toutes les catégories au club : comment vis-tu cette situation ? Est-ce un "rêve de gosse" que tu réalises ?
Oui, ce que je vis actuellement est en quelque sorte la réalisation d'un rêve d'enfance. Quand j'étais petit, j'habitais tout près du stade Francis Le Blé et de Pen Helen et j'ai commencé comme débutant au Stade Brestois. J'ai ensuite joué dans toutes les catégories jusqu'à senior et professionnel. Quand j'étais jeune c'est sûr que je rêvais de devenir joueur professionnel et de jouer au Stade Brestois et quand j'y suis arrivé, j'ai ressenti beaucoup de bonheur et de satisfaction et j'ai beaucoup pensé à tous mes coéquipiers avec qui j'ai joué en 18 ans et en équipe réserve et qui n'ont pas eu cette chance de décrocher un contrat professionnel. Une fois qu'on y est, on se rend peut-être moins compte de la chance qu'on a mais en ce qui me concerne, je n'oublie pas mon parcours. Je sais que, actuellement, c'est rare qu'un joueur qui signe professionnel dans un club y ait commencé comme débutant, en tout cas, au Stade Brestois, je crois que je dois être le premier. Et sans prétention, je pense que le club peut être fier d'avoir amené jusque là un jeune joueur 100% formé au Stade Brestois. L'été dernier, quand on m'a fait cette proposition de signer professionnel, j'ai pris ça comme une belle récompense. Auparavant, on me l'avait laissé espérer mais ça ne s'était pas concrétisé. J'étais resté au Stade Brestois par amour pour le club. J'ai eu ensuite la confiance de beaucoup de personnes, notamment de Bruno Pabois, Yann Daniélou et Pascal Janin. C'est vrai qu'en juin dernier, j'attendais et j'espérais avec beaucoup d'appréhension qu'à nouveau, on ne me propose rien. Mais je pense que, sous les ordres de Yann Daniélou la saison dernière, j'ai beaucoup progressé et j'ai surtout pris conscience de mon rôle sur le terrain et de mes capacités. Depuis la saison dernière, je me lâche beaucoup plus sur le terrain et ça se passe beaucoup mieux. J'espère maintenant que la belle aventure va se poursuivre au-delà du mois de juin. Si on me proposait de prolonger au Stade Brestois, je serais le plus heureux et j'essaierais d'apporter le maximum pour aider le club à atteindre son objectif de montée en Ligue 1. Pouvoir participer à une telle aventure serait pour moi le plus bel aboutissement. Mais même sans moi, je souhaite de tout cœur que ce club retrouve au plus vite la Ligue 1 car le club et son public le méritent. Personnellement, je n'ai pas connu les grandes heures de la Ligue 1, j'ai plutôt des souvenirs du CFA et du National et j'espère voir très vite des matches de Ligue 1 à Brest.
En tout cas, j'espère que mon cas pourra servir d'exemple aux jeunes du club. Ca peut leur montrer qu'il faut s'accrocher et toujours y croire. Et il ne faut pas se résigner et perdre espoir quand on n'est que remplaçant, ça m'est arrivé aussi. Je me souviens d'une saison en équipe première des 18 ans faite quasiment que sur le banc car j'étais le plus jeune. Mais je me suis accroché et j'y ai toujours cru et voilà où ça m'a mené.
Nous sommes quatre aujourd'hui avec Romain (Thomas), Anthony (Le Gall) et Jérémy (Pinvidic) à être aux portes de l'équipe première et faire quelques apparitions et c'est intéressant pour le club. En plus, le public aime voir des jeunes du cru dans l'équipe et avec l'apport de joueurs expérimentés du cru également comme David Bouard, François Masson, ça peut faire un bon amalgame. En tout cas, cette saison, je crois que nous les jeunes nous ne pouvons que remercier les joueurs expérimentés qui nous ont fait progresser et nous ont mis en confiance. Vendredi soir, j'ai été très soutenu et encouragé et ça m'a beaucoup aidé à faire mon match. Quand ça se passe comme ça, quand on est jeune, c'est vraiment appréciable.