18.11.07 | Corentin Martins : j'ai pris mes marques
Corentin, à l’occasion de cette mini-trêve, peut-on faire avec toi un premier bilan des prestations sportives du Stade Brestois, à trois journées de la fin des matches aller ?
Je pense que c’est évident pour tout le monde, on peut facilement distinguer deux périodes : la première jusqu’à la mini-trêve de mi-octobre et des résultats plutôt encourageants et la seconde de mi-octobre jusqu’au match à Montpellier avec des résultats moins brillants. Je pense que l’équipe a connu une période difficile sur le plan physique et, sans chercher d’excuses, il y a eu en plus une accumulation de blessés et de suspendus. Il suffit alors, dans ce genre de période, de faire un ou deux mauvais résultats et la spirale négative peut s’accélérer et peut-être que la confiance a un peu baissé également. C’est quand même difficile à expliquer, est-ce que nous avons joué au dessus de nos moyens en début de saison et que nous avons montré notre vrai visage ensuite ? Personnellement, je ne le pense pas. Je pense que l’équipe a des joueurs de qualité mais a connu un coup de « moins bien » dans la deuxième quinzaine d’octobre et ça arrive à toutes les équipes dans une saison. On sait aussi qu’il ne faut pas grand-chose pour qu’une bonne dynamique de résultats positifs se dérègle et il faut savoir ensuite stopper cette spirale négative, ce que nous avons fait face à Reims où il était très important de prendre les trois points pour retrouver un peu de confiance.
Globalement, après 16 matches, le Stade Brestois est bien calé au milieu de tableau avec 22 points : est-ce que ce résultat et les prestations sportives réalisées sont satisfaisants ?
Très sincèrement, j’ai, personnellement, un sentiment mitigé. L’équipe a montré de très bonnes choses en début de saison, surtout à domicile avec une série de quatre victoires consécutives et aussi sur un ou deux matches à l’extérieur. Au vu de ça, j’attendais un petit mieux pour la suite mais il y a eu ce petit coup d’arrêt… J’espère maintenant que les points perdus dernièrement seront rattrapés dans les matches qui viennent car l’équipe en a largement les moyens. Je ne dirais pas que c’est un bon début de saison, je dirais que nous pouvons mieux faire. Il faut que les joueurs rejouent sur les valeurs du début de saison où ils avaient montré de très bonnes choses. Si je devais faire une synthèse de ces seize premiers matches, je dirais que nous nous sommes créés beaucoup d’occasions dans beaucoup de matches sans en concrétiser beaucoup en buts. Il y a eu un manque de ce côté-là qu’il va falloir combler dans les rencontres à venir. Globalement, on peut aussi remarquer que lorsque l’équipe marque en premier, elle a tendance à réussir à garder son avance alors qu’a contrario, lorsque l’équipe encaisse le premier but, elle a du mal à revenir au score. On a peut-être eu tendance à confondre vitesse et précipitation par moment et avec les joueurs d’expérience que nous avons dans l’équipe, nous devrions pouvoir éviter cette situation. Même si nous sommes menés 0-1 ou 0-2, il faut que nous nous disions que nous avons les moyens de revenir au score en conservant nos principes de jeu.
Si vous vous étiez fixés une feuille de route au début du championnat, au bout de seize journées, êtes-vous en avance ou en retard sur celle-ci ?
Je dirais que c’est à peu près conforme à ce que nous attendions. L’objectif que nous nous sommes fixés en début de saison est le premier tiers du classement à l’issue de la 38ème journée et pour l’instant, nous sommes dans les temps de passage. Mais avec les qualités du groupe et l’expérience de certains joueurs, nous pouvons raisonnablement nous montrer ambitieux et optimistes pour la suite. En tout cas, personnellement, j’attends beaucoup de la poule retour.
C’est vrai qu’il existe une grosse attente de la part de nombreuses personnes autour du club et certains se sont déjà aventurés à parler de montée après quelques journées de championnat : cela a-t-il pu avoir une influence sur les joueurs ?
Avant de parler de montée, il faut se souvenir d’où vient le club. Le Stade Brestois reste sur deux saisons où il s’est maintenu au dernier moment et à dû se battre tout au long de la saison pour ne pas descendre. Et ça, ça ne s’efface pas comme ça et il faut savoir en retenir les leçons. Ensuite, c’est bien d’avoir de l’ambition, c’est même essentiel pour réussir mais nous ne sommes pas les seuls dans ce championnat à avoir de l’ambition. Ce qui nous fera avancer, progresser et réussir, ce sera la régularité et la sérénité. De mon côté, j’essaie de temporiser et de faire en sorte que nous ne tombions pas dans l’excès. Il faut de l’enthousiasme, c’est évident mais il ne faut pas que l’excès d’enthousiasme devienne nuisible aux prestations. Il faut rester mesuré et garder une certaine sérénité dans toutes les circonstances, que ce soit dans les bons mais aussi les mauvais résultats. C’est d’ailleurs quand on est dans une passe difficile qu’il faut savoir rester très mesuré. C’est vrai que sur les cinq derniers matches, nous avons pris quatre points sur quinze, c’est bien évidemment insuffisant mais il faut néanmoins garder confiance en l’équipe et ses capacités. Il y a eu, lors des dernières semaines, quelques « sonnettes d’alarme » de tirées, certaines étaient peut-être un peu démesurées par rapport à la situation mais d’autres on fait du bien et peut-être permis aux joueurs une certaine prise de conscience sur les difficultés du moment mais aussi sur leurs capacités à réagir.
Nous évoquions les attentes qui existaient cette saison autour du club mais il y a un paramètre étonnant et peut-être paradoxal qui est la baisse ou en tout cas la stagnation de l’affluence cette saison et ce, malgré l’amélioration des prestations et des résultats par rapport aux saisons précédentes : comment expliques-tu ce niveau d’affluence ?
C’est vrai que je suis personnellement un peu déçu du niveau d’affluence au stade Francis Le Blé depuis le début de la saison. Pourtant, nous étions partis sur de bonnes bases en début de saison avec un bon match face à Bastia, malgré la retransmission télévisée, et une affluence de 8000 personnes mais nous n’avons jamais retrouvé ensuite un tel niveau d’affluence malgré les bonnes prestations et les résultats. C’est étonnant de constater cette baisse progressive d’affluence au fil des matches et il faudrait peut-être faire une petite étude pour en connaître les raisons et les explications. Pour les joueurs, c’est vrai que c’est plus sympa et intéressant d’évoluer devant un public nombreux. Pour avoir été à leur place il y a encore peu, je sais que c’est leur adrénaline. Ils n’en parlent pas trop mais je sais qu’ils aimeraient avoir plus de monde à les soutenir, surtout quand les résultats et la manière sont là. Il faut aussi prendre en compte les deux dernières saisons qui ont été éprouvantes pour le public avec une absence de victoires et il va falloir faire beaucoup de chemin pour reconquérir le public. Mais nous ne sommes pas les seuls dans ce cas. En France, nous avons une certaine culture de la victoire et les supporters sont surtout là quand leur équipe gagne. C’est un peu différent à l’étranger, comme en Espagne où les supporters viennent avant tout encourager leur club et leurs couleurs que ce soit dans les bons ou mauvais moments. Malheureusement, nous entrons dans une période de l’année qui ne favorise pas la venue du public avec des conditions climatiques délicates. Mais si nous repartons dans une spirale positive, je suis sûr que notre public reviendra en nombre.
La semaine prochaine, le Stade Brestois entame une compétition que tu connais bien qui est la Coupe de France avec un premier match à Châteaubriant : qu’attendez-vous de la Coupe cette saison ?
C’est sûr que la Coupe de France est une belle et importante compétition mais nous ne faisons pas pour autant de préparation spéciale et ne mettons pas de pression particulière. Avec Pascal et son équipe, nous préparons l’équipe à gagner quelque soit la compétition. Quand on réfléchit, la Coupe de France, c’est sept ou huit matches à gagner pour aller au bout. C’est bête à dire mais dans l’absolu, ce n’est pas énorme. J’espère sincèrement que nous ferons un bon parcours car c’est une compétition passionnante et ça pourrait permettre d’offrir à notre public un match face à une équipe de Ligue 1 à domicile, ce qui est toujours un événement. Pour cela, il faut passer plusieurs tours, à commencer par ce match à Châteaubriant qu’il faudra aborder avec beaucoup de sérieux. Les joueurs le savent et se préparent en conséquence. Nous n’avons rien de particulier à leur dire car ils connaissent l’enjeu et l’intérêt pour eux et pour le club.
Nous avons beaucoup parlé de l’équipe, parlons un peu de toi maintenant et de ton rôle au sein du Stade Brestois : après plus de cinq mois passé au poste de directeur sportif, comment ça se passe ?
Jusqu’à présent, tout se passe bien. C’est un nouveau rôle que je découvre et je pense avoir pris mes marques. Je me sens bien dans ce rôle et le plus important est que je puisse collaborer à la réussite sportive du club. En travaillant en étroite collaboration avec le Président Guyot et Pascal Janin et son staff. Avec Pascal, le mode de fonctionnement est très simple : il dirige les entraînements, s’occupe des aspects tactiques et physiques dans lesquels je n’interviens absolument pas. J’interviens auprès des joueurs de temps en temps lorsqu’il y a des moments importants ou difficiles. Mais ça se passe tout à fait naturellement et simplement. Mon rôle est aussi de rassurer et d’être à l’écoute des joueurs. Mon rôle m’amène aussi à travailler en collaboration avec Yann Daniélou et son équipe pour les aspects de la formation. J’essaie d’être le plus impliqué possible dans le cursus de formation des jeunes joueurs et leur évolution. Là aussi, ça se fait naturellement, sous forme de partages, d’échanges.
Est-ce que les choses se passent comme tu avais pu les envisager avant de prendre tes fonctions ?
Globalement oui, il n’y a pas de divergences entre mes attentes et ce qui se passe au quotidien. Ce que j’aurais aimé, comme je l’ai dit tout à l’heure, c’est que les résultats soient un tout petit peu meilleurs. J’espère maintenant que je pourrai accompagner le club dans son projet, sur plusieurs années, de montée en Ligue 1.
Le club est professionnel depuis peu : as-tu constaté à ton arrivée, des zones où il faut vraiment progresser pour devenir un club professionnel, solide, de Ligue 1 ?
Franchement, je ne pense pas qu’il y ait encore beaucoup à faire au sein du club pour en faire un club professionnel solide pouvant aspirer à la Ligue 1, mis à part la formation bien entendu. Les joueurs ont à disposition de très bonnes infrastructures, tout est bien organisé et il y a peu de choses à redire. Dans un club pro, pour la réussite sportive, il y a des composantes importantes comme les infrastructures, le staff technique et le staff médical et de ce côté-là, je pense que le club est très bien « armé ».
Le fait de revenir dans ce monde du football professionnel de l’autre côté de la barrière, comment le vis-tu ?
Aujourd’hui, je considère que je suis encore en phase de découverte et d’apprentissage de cet « autre côté de la barrière ». Avant d’arriver à Brest, je ne maîtrisais pas totalement le fonctionnement interne d’un club professionnel et je progresse sur cet aspect. Il est vrai quand même que je garde encore un peu l’âme d’un joueur et en ça, je suis peut-être assez proche des joueurs. Ca me permet par exemple de gérer plus facilement les états d’âme ou les conflits. J’essaie de me mettre à la place des joueurs car il y a encore peu, j’étais à leur place mais tout en m’assurant de préserver les intérêts du club que je représente. En début de saison, j’ai eu, par exemple, à gérer le cas Yoann Poulard : le joueur voulait partir dans un club qui lui était cher mais il avait encore un contrat avec le club. Je comprenais la position de Yoann en tant que joueur mais vis-à-vis du club, il était hors de question qu’il parte pour rien. En intégrant ces composantes, j’ai essayé, avec les autres acteurs, de trouver la meilleure solution pour tous. En tout cas, pour le moment, rien ne me surprend dans la fonction et dans le fonctionnement du club.
Depuis ton retour, tu ne fais pas beaucoup parler de toi, pourtant, pour beaucoup, ton retour au Stade Brestois est vécu comme un événement et un symbole fort : en es-tu conscient ?
Je le ressens un peu par rapport à ce que je peux entendre à l’extérieur du club de la part de supporters ou d’amis. Personnellement, je suis heureux d’être revenu au Stade Brestois mais ce qui est important, ce n’est pas mon retour, c’est que j’apporte ma contribution au fait que le Stade Brestois réussisse. Je ne suis pas là pour tricher pour me servir du club à des fins personnelles, bien au contraire ! Je suis là pour apporter mon expérience et mon attachement au Stade Brestois et faire en sorte que nous réussissions dans l’entreprise dans laquelle le club s’est lancé, à savoir une montée à terme en Ligue 1. Le Stade Brestois est le club où j’ai débuté ma carrière professionnelle, c’est le club de la ville où je suis né et je suis donc naturellement motivé pour que nous réussissions. Je pense que c’est en ça que les gens sont contents que je sois revenu. Ce retour au Stade Brestois était évident pour moi et si j’avais été sollicité par le Stade Brestois et d’autres clubs professionnels, même de Ligue 1, mon choix n’aurait pas été difficile à faire et n’aurait pas été différent.
Tu avais sûrement réfléchi à ta reconversion depuis quelques temps, est-ce que tu avais envisagé un retour au Stade Brestois dans tes premières idées ?
Honnêtement oui car lorsque j’ai mis fin à ma carrière de joueur il y a trois ans, j’avais déjà proposé mes services à Michel Jestin mais il n’y avait pas eu de suite. Je pensais à l’époque que mon expérience de joueur professionnel pouvait être intéressante pour le club mais je ne savais pas encore à quel niveau je pouvais apporter quelque chose. Aujourd’hui, je suis heureux que ce retour ait été possible surtout pour occuper la fonction que j’occupe.
On peut imaginer maintenant que ce qui te ferait le plus plaisir, c’est que le Stade Brestois retrouve la Ligue 1 ?
Bien évidemment ! C’est l’objectif du club et mon objectif. Il y a en fait deux objectifs : que le club retrouve la Ligue 1 et aussi que nous puissions avoir un stade très rapidement. C’est un sujet compliqué, j’ai eu l’occasion d’en discuter à de nombreuses reprises avec le maire et il est clair qu’il y aura un stade un jour, le tout c’est de savoir quand... Espérons que ça se fasse très rapidement. Il faut respecter le processus, les personnes qui travaillent sur le sujet et leur faire confiance. De toute façon, une montée en Ligue 1 ne pourra pas se faire, à terme sans un nouveau stade. Si nous avons la chance de monter en Ligue 1 avant d’avoir notre nouveau stade, nous devrons encore « bricoler » mais nous le ferons et je serai le premier à m’impliquer. Mais j’espère que ce sera pour une courte durée et que nous bénéficierons rapidement d’un beau stade.